Bouveresse aborde « Faut-il défendre la religion ? », en traitant de raison et de foi.
Depuis la Renaissance, la foi apparut de plus en plus en contradiction avec la raison dans la mesure où les découvertes scientifiques démontraient que la création résultait de la conjonction de phénomènes soumis à des lois prouvées, et non de l'intervention de Dieu le Père, grand architecte de l'univers.
L'Église, quelque dépit qu'elle en eut, dut se rendre à la raison pour tenir compte de l'évolution des esprits. Ainsi commença, comme le constate Bouveresse, « le processus d'intellectualisation de la religion. [...] Il n'est plus question d'un antagonisme entre la religion et la science. » [1]
Cependant notre philosophe constate, non sans quelque amertume :
« Aujourd'hui dans le conflit qui, de façon explicite ou latente, s'est poursuivi pendant des siècles entre la croyance religieuse et la science, les forces sont, semble-t-il, redevenues beaucoup plus égales et l'issue nettement plus incertaine. » [...]
« C'est justement à propos de ce type de confrontation que Musil parle d'un conflit fondamental entre l'Église et l'État, qui a commencé au début des temps modernes et qui, sous des formes diverses, continue à dominer notre époque, un conflit qui n'a jamais été résolu et n'est sûrement pas près de l'être. » [2]
Tel que je le conçois, il s'agit d'un conflit qui résulte d'une dissociation des méthodes d'analyse pour comprendre en quoi consiste la Vie. L'une, reposant sur raison et sciences, se focalise uniquement sur le constat de ce qui est vérifié par tests et expériences, l'autre, plus sensible au ressenti qu'au pensé, se focalisan sur ce qu'on appelle la spiritualité.
Donc, concrète (raison) ou émotionnelle (foi), telles sont les deux voies royales de la connaissance. Prouver ou prier participent d'une réalité humaine évidente, quoique contestée. Savoir et croire, de même. N'est-il pas nécessaire de croire ce qu'on ne peut prouver, ne serait-ce que pour apaiser son inquiétude ? Mais de là à croire que le savoir y parviendra, ne serait-ce pas trop utopique ?
Peut-être est-ce ce qui a incité Bouveresse à se demander s'il convient de défendre la religion. Mais, comme le suggère Musil, on ne peut limiter notre analyse au « conflit fondamental entre l'Église et l'État », car l'un comme l'autre ne sont que des outils pour gérer les incertitudes des humains. Des outils qui, au fil des millénaires, n'ont jamais donné satisfaction... Pas plus l'un que l'autre...
Raison et foi n'ont pas fini de s'affronter, alors qu'il serait plus efficace de les considérer plutôt comme des partenaires que comme des adversaires. Les états ne peuvent prétendre résoudre les problèmes existentiels liés à la spiritualité, pas plus que les églises ne doivent intervenir dans le gouvernement des nations. Mais de là à les confondre, ce serait une erreur.
Peut-être est-ce ce qui a incité Bouveresse à se demander s'il convient de défendre la religion. Mais, comme le suggère Musil, on ne peut limiter notre analyse au « conflit fondamental entre l'Église et l'État », car l'un comme l'autre ne sont que des outils pour gérer les incertitudes des humains. Des outils qui, au fil des millénaires, n'ont jamais donné satisfaction... Pas plus l'un que l'autre...
Heureusement, tels deux navires qui naviguent de conserve, raison et foi se protègent l'un l'autre : point de savoir sans croire, pour affronter la Vie. La croyance consolide la connaissance là où elle achoppe, avec ou sans dieu.
Toute scission entre eux ne permettrait pas de mieux comprendre la complexité d'un vivant à la fois les pieds rivés au sol de notre terre et le regard orienté vers les étoiles. Le spirituel n'est pas le propre de l'homme, sinon pourquoi François d'Assise aurait-il, en-deçà et au-delà des seuls humains, chanté fleurs et animaux ?
Tout chercheur ne vit que d'espérance : il croit qu'il trouvera... De fait croire précède la science [3]. Pourquoi la science supplanterait-elle le fait de croire sous prétexte qu'elle dépend d'une Raison souveraine, soi-disant supérieure ?
« La question du comment est celle de la raison. Celle du pourquoi est celle de la foi. Un croyant peut se poser la question du comment et du pourquoi. Comme un scientifique... La logique de Dieu est celle de l'amour. L'amour nous fait faire des choses qui défient la raison et la logique. Comme la sagesse de Dieu qui défie la raison. C'est le grand mystère de l'amour. La foi et la science sont deux sœurs. Deux cultures différentes. Je suis ravi que la science ait des questions à poser à l'Église, et réciproquement. La Bible ne cesse de s'étudier, pas pour répéter mais pour trouver ce point d'équilibre entre le comment et le pourquoi. Des questions qu'on ne se posait pas il y a cent ans. » [4]
→ Le philosophe Michel Lacroix s'interroge : Peut-on encore croire ? pour conclure : La grande aventure de l’homme contemporain est de trouver la voie de l’épanouissement par ses propres moyens. [...] Nous sommes condamnés à l’autoréalisation. C’est une bonne nouvelle ! On cherche une spiritualité neuve, un idéalisme moderne, sécularisé.
→ Un site de corrigés du baccalauréat propose une réponse aux candidats sur Peut-on croire raisonnablement. Attitude irrationnelle, donc absurbe ou insuffisamment fondée ? Il propose des citations d'Oscar Wilde, Alain, Nicolas Bernard, ...
Ci-dessous des liens internes complémentaires
→ C’est ma façon de croire qui est la bonne : Tout évolue. Et nous savons que les religions sont mortelles. La chrétienne comme toutes autres. Toute nation, toute religion se sont édifiées dans la violence infligée ou subie. Vie et violence sont étroitement imbriquées, comme vie et amour. Puisque je suis mortel, oui je peux dire : c’est ma façon de croire qui est la bonne.
→ Faute de savoir, il reste croire :
Il y a toujours une face cachée à ce qui nous semble objectif, concret, palpable. Combien de théories et d’affirmation enseignées autrefois sont tombées en désuétude ! Nous sommes comme emprisonnées dans les mailles d’un filet qui a nom « humanité ».
→ Croire ne se raisonne ni ne se discute : Croire, sans s’opposer à la raison, est un choix libre, non raisonné, subjectif. Ce choix n’est fondé que par celui qui croit et non par l’objet même de ce qu’il croit. L’amour pourrait permettre de mieux comprendre le croire. On ne discute pas plus de l’amour que du croire. Comme on ne discute pas du fait de la vie.
→ Croire, foi et croyances : Croire, croyances et foi sont-elles des postures, comme s'il s'agissait d'un manque de naturel, d' une sorte de parti pris, d' un choix de convenance ? Tel un habillage pour se travestir ? N'est-ce pas là analyser et concevoir les phénomènes selon des critères uniquement rationnels ? Il y a des évidences qui valent des preuves : le vivant n’est pas une matière, ni un matériau, ni une biologie. La molécule elle-même est-elle si simple ? Le propre du vivant est le changement perpétuel sur une échelle du Temps dont nous n’avons pas bien conscience. Nous sommes condamnés à croire plus qu’à savoir.
→ Le seul recours est de vivre : N’avancerions-nous pas à l’aveuglette vers un monde artificiel, rouillé avant que d’être achevé ? Ne t’inquiète pas trop de savoir d’où tu viens. Nous ne saurons jamais ce qu’il adviendra de nos enfants, de nos machines, de nos rêves…
→ Mi-foi, mi-athéisme : Le propos fondamental de ce blog "Croire" consiste à considérer que le fait de croire prime son objet. Autrement dit : dans la phrase «croire en Dieu" le mot "croire" a plus d'importance que celui de "Dieu", pour en arriver à la conclusion qu'il n'existerait point de Dieu sans la nécessité de croire, inhérente à l'espèce humaine. Ne devrait-on pas regretter que le mot foi ne soit pris en compte que dans l'unique contexte religieux ?