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Dès lors que croire – c’est-à-dire avoir confiance en une idée, une mystique, une foi – consiste à affirmer sa vérité sans
fournir des preuves rationnelles, croire ne concerne plus ni la raison ni les sciences. En cela, croire, sans s’opposer à la
raison, est un choix libre, non raisonné, subjectif. Un choix qui peut avoir été suggéré, imprimé, même imposé par un dogme,
un manifeste politique, un courant de pensée à la mode. Quelles que soient l’origine ou l’influence exercée, il s’agit bien
d’un choix. Subsiste le cas d’une manipulation de type sectaire qui, annihilant les capacités d’analyse et de contestation,
réduit la marge de liberté de ce choix.
Ce
choix n’est fondé que par celui qui croit et non par l’objet même de ce qu’il croit. Croire en Dieu (ou en une Idée, en une
Idéologie) c’est en reconnaître l’existence au-delà de la réalité physique, parce que Dieu, Idée ou Idéologie ne participent
pas du réel. Dieu appartient au monde des rêves, des fantasmes, des contes, comme nos idées. Dieu, Idée, Idéologie règnent
là où les choses concrètes n’existent pas. Mais Dieu, par l’affirmation de la foi de qui le prie, existe bel et bien en l’esprit
de celui qui croit. De même pour nos Idées ou Idéologies. L’étant n’est pas que matière. Vivre n’est pas qu’agrégat de cellules.
C’est là que gît l’essence même de la Vérité absolue propre aux humains. Pour absolue qu’elle soit, cette vérité est éphémère
: elle s’évanouit immédiatement à la mort du croyant qui la porte. En quoi cette Vérité est d’une nature différente de la
vérité scientifique (le vrai) qui repose sur un échafaudage de théories, d’hypothèses assorties de preuves, d’expériences,
de réalisations concrètes qui en justifient, apparemment, la raison d’être. Croire, donc, n’a rien à voir avec les vérités
rationnelles et scientifiques. Croire se situe en-dehors, au-delà, ailleurs. Croire, en ce sens, est un mystère :
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Toutes choses couvrent quelque mystère; toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu.* |
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L’amour
pourrait permettre de mieux comprendre le croire. Car l’amour, par l’attachement volontaire et non subi, par un engagement
de vie commune entre deux personnes, ne repose pas uniquement sur un instinct, sur des sécrétions, sur des pulsions, sur
toute une alchimie psychique. Il est choix, volonté et affirmation au-delà de la seule nécessité naturelle de la reproduction
de la vie. Pour les humains l’amour n’est pas une science ni la seule satisfaction d’un besoin. L’amour, la bienveillance,
l’humilité, la tolérance reposent, non sur des facteurs rationnels, mais sur la conception que les hommes se font de leur
vie, c’est-à-dire de leur foi, de ce en quoi ils croient. [2] On ne discute pas plus de l’amour que du croire. Comme on ne
discute pas du fait de la vie. En quoi vivre et croire sont intimement liés, interdépendants.
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Il n’y a que deux choses sacrées : en religion, la foi; en union, l’amour.
Croyez. Aimez. Ceci est toute la loi.** |
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Certes les sciences, au travers des arcanes de la raison, tentent d’expliquer ce que sont la vie, les astres, la matière,
tout ce qui existe. Mais dès qu’on aborde le domaine de l’esprit, tout se complexifie. Comme s’il y avait une frontière,
un sas, qui résiste aux concepts. Il y a dans la Nature des phénomènes toujours inexplicables et inexpliqués. La question
est de déterminer si les sciences et la raison des humains possèdent les aptitudes à élucider ces phénomènes. D’où nous vient
d’ailleurs la prétention d’y parvenir, sinon de la croyance que nous y parviendrons ? Ici nous touchons la limite dont je
parle : celle où la science espère tout résoudre sans en être assurée. L’histoire des sciences – celle des humains et de
leurs croyances – est remplie de contradictions. Ne confondrait-on pas l’efficacité technique avec le savoir ? Le savoir-faire
(la technique qui en est issue) est-il vraiment le Savoir ? L’écologie, là-dessus aurait beaucoup à révéler…
La conclusion pratique à tirer du Croire, pour notre vie de chaque jour, est la suivante : dès lors que, dans une discussion,
on aborde un sujet qui repose chez son interlocuteur sur une conviction profonde, sur une foi (religieuse ou pas), la poursuite
de la discussion reviendrait à vouloir détruire l’objet de sa foi, à convaincre son interlocuteur qu’il est engagé sur un
mauvais chemin, qu’il a tort. Du fait que le propre du croire est de se situer en dehors (ou au-delà) de la rationalité,
toute discussion revient à faire du prosélytisme pour sa propre croyance. Ce faisant on devient intolérant. J’ai toujours
considéré que nier en quelqu’un sa foi c’est pire que de le tuer, c’est lui faire perdre son choix profond de la raison de
sa vie. Cela me paraît si vrai, que le vrai croyant préfèrera la mort à l’abjuration. Ou, à la rigueur, il paraîtra acquiescer
pour simuler et préserver sa foi.
Je précise et souligne que pour moi, un athée est quelqu’un qui croit que Dieu n’existe pas.
Devant un croyant je me tais et le respecte.
Ceux qui vantent la liberté doivent toujours conserver présent à l’esprit que toute liberté suppose tolérance. Toute liberté permet
de s’incliner devant l’affirmation d’une foi. Ce qui ne signifie pas la reconnaître ni l’admettre, mais ce qui signifie bien
reconnaître l’Autre en lui-même, et à travers l’objet de sa foi. Tu es bouddhiste, je suis chrétien. C’est comme dire je
suis Français, tu es Algérien.
On respecte la foi comme on respecte la vie. Car croire c’est vivre, vivre c’est croire.
Nous ne sommes sûrs de rien pas plus que de nous-mêmes.
Peut-être le monde est-il mieux perçu par les poètes que par les savants…
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